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le 9 juin,
dès huit heures du matin une nouvelle contre attaque
allemande, par la 189ème
division de réserve de la Wehrmacht, se précise sur les routes de
Montluçon et de Paris où sont en poste des escadrons de l'École de la
Garde, des F.F.I. une compagnie de C.F.L. et des F.T.P..
Un avion allemand mitraille des rues guéretoises. D'autres arrivent et
mitraillent et lâchent des bombes sur la ville.
Le commandement de l'armée allemande a mis en oeuvre de puissants moyens
pour reprendre la ville:
à l'ouest les compagnies du 163ème bataillon de grenadiers et
des unités S.S. appuyées par une cinquantaine d'engin blindés, une
batterie de 77 et des lances flammes,
à l'est, un bataillon du régiment "Der Fuhrer" de la division
S.S. "Das Reich" vient de Bourganeuf et doit couper la retraite
des F.F.I..
Avant l'attaque, les
forces française dont l'École de la Garde évacuent précipitamment
Guéret.
La Garde le fera vers 10 heures en direction de Janaillat.
"C'est une terrible épreuve pour ces militaires en uniforme que
de "prendre le maqiuis" avec leurs camions, leur matériel,
leurs "roulantes", leurs armes et leurs munitions, de passer de
la vie en caserne, au grand jour, aux aléas de la clandestiné. Il va
leur falloir acquérir une formation nouvelle, celle de
"maquisard". (René Castille)
Une demi-heure après, la colonne est attaquée par des chasseurs
bombardiers de la Luftwaffe, sur la route de Bourganeuf, au niveau de la
Chapelle-Taillefert. Trois véhicules vont brûler mais, aucune perte
humaine n'est à déplorer. Mais les effectifs ont pourtant fondu; le 2ème
escadron d'élèves gardes, mal encadré, a presque entièrement
disparu.
Ils vont au devant du 4ème
panzer-grenadier "Der Fuhrer" de la division SS "Das-Reich"
qui vient de "s'illustrer" à Tulle sur son chemin qui la mène
de Montauban à la Normandie ... Le Sturmbannführer Kampfe, commandant du
3ème bataillon, et son unité blindé viennent pour reprendre
Guéret en suivant la nationale 140 en direction de Bourganeuf.
Ce sera, le 9 juin, le massacre de Combeauvert dans la commune de
Janaillat avec ses 31 morts.
( à noter que Kampfe sera enlevé par des
résistants au retour de son "séjour" creusois. Il a été
exécuté, on n'aura plus aucune nouvelle de lui. Sa recherche pourrait
être à l'origine du massacre d'Oradour sur Glane.)
- Bertrand Marcel, garde, ° le 21/5/1919 à Clerval (25), tué au
combat le 12/6/1944 à
Janaillat (Creuse);
(Marcel Bertrand
est né dans le Doubs le 21 mai 1919, il passe le certificat d'études
primaires puis suit pendant deux ans les cours d'enseignement secondaire
au collège de Remiremont.
Le 14 octobre 1937, il s'engage au 188ème régiment
d'artillerie. Le commandement lui accorde les galons de brigadier en avril
1938, de brigadier-chef en octobre de la même année et de maréchal des
logis en avril 1939.
L'année suivante, il est affecté à la 112ème batterie du
dépôt du 409ème régiment d'artillerie et, trois mois plus
tard, il est promu au grade de maréchal des logis-chef. Puis, il est
muté le 22 octobre 1940 à la 255ème batterie du 404ème
régiment d'artillerie de D.C.A. et le 15 novembre suivant au centre de
regroupement de Thiers, dans le Puy de dôme.
En mai 1942, il choisit de servir au 1er escadron de la 5ème
région de la Garde, stationné à Limoges. En avril 1944, il est
détaché pour six mois à l'École de la Garde à Guéret, en qualité
d'instructeur au 3ème escadron à cheval, fort de 75 hommes.
A la suite du débarquement des Alliés en Normandie, l'École rejoint les
Forces Françaises de l'Intérieur de la Creuse aux ordres du
lieutenant-colonel Fossey dit François, chef départemental. Aussitôt,
le garde Bertrand se signale lors des combats de Guéret.
Malheureusement, le 9 juin 1944, il est fait prisonnier de guerre "
au cours d'un engagement avec une colonne blindée allemande", selon
les termes de son état des services et, peu après, il est fusillé au
Poteau de Combeauvert, à six kilomètres au nord-ouest de Pontarion.
Voici comment ce tragique épisode est relaté dans "Les cadets de
la Garde dans la tourmente (1943 - 1944 ): "L'École de la Garde
et les F.F.I. ayant quitté l'axe Guéret - Bourganeuf pour se diriger vers
Janaillat et un décalage horaire s'étant produit dans les marches des
deux colonnes allemandes venant de Montluçon et de Limoges, nos
éléments échappent au piège qui se referme sur eux. Seul un groupe non
armé de maquisards, accompagné par le garde Bertrand, sera intercepté
à Combeauvert vers 14 h 30 et massacré sur place. Bilan: trente et un
morts."
Il obtiendra, à titre posthume: le grade d'assimilation d'adjudant dans
les F.F.I. le 7 octobre 1947, pour prendre rang au 1er juin
1944;
la Médaille militaire et la croix de guerre 1939-1945 avec palme
"pour faits exceptionnels de guerre et de résistance" le 7
novembre 1951; sa citation à l'ordre de l'armée est libellée ainsi:
" Garde à l'instruction équestre de l'École de la Garde. S'est
distingué le 7 juin 1944 par son courage et sa valeur militaire lors de
l'attaque de l'hôtel Saint François à Guéret. Le vendredi 9 juin,
s'étant intégré dans une unité du maquis qui se repliait, a été fait
prisonnier et tué lâchement à Combeauvert.";
la Médaille de la déportation et de l'internement pour faits de
résistance le 25 mai 1966;
l'inscription de son nom sur le monument aux morts d'Anzème près de
St-Vaury, le monument de Combeauvert, le mémorial de la résistance et la
plaque de la gendarmerie à Guéret.
Son nom est proposé pour un parrainage de promotion de l'école de
gendarmerie de Montluçon.
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Le monument de
Combeauvert. |
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Cette
journée vue par le rapport de l'adjudant-chef Coirier dans le livre de
Marc Parrotin.
"Mon peloton était,
vers neuf heures, le seul élément de l'École de la Garde se trouvant
encore à Guéret.
Un quart d'heure plus tard, nous quittons la ville en traversant la châtaigneraie
de Grancheix où nous sommes pris à partie par des avions ennemis.
Je regroupe mon peloton et nous continuons notre repli en suivant les
bois, en direction du sud-ouest. Je me guide à la boussole. Vers midi,
nous arrivons dans une ferme isolée près de Saint Léger-le-Guéretois.
Nous écoutons le crépitement de la fusillade sur la route de Limoges où
nous voyons au loin des fourgons-cars qui sont en train de brûler. Nous
continuons de marcher et sommes exténués.
Au crépuscule, nous nous rapprochons de la nationale quand tout à coup,
la fusillade reprend vers l'est.
Nous allons coucher sous des rochers, à quelques centaines de mètres
d'une ferme, le peloton organisé en cercle,, sur la défensive.
Je me mets à la recherche du Ct Corberand pour savoir ce que je dois
faire. Je le retrouve. Mon peloton qui comporte encore 21 gradés ou
gardes est rattaché à l'escadron Foureau.
Nous confectionnons des abris pour nous protéger de la pluie."
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Cette
journée vue par un participant; le général Véran Cambon de Lavalette
(° 18/12/1923, + 26/1/2014) dans "de
la Petite-Bastide à la Résistance et au camp de Dachau",
élève garde à l'époque.
Levé à 6 heures, le
peloton complète tant bien que mal ses dotations... surtout en
munitions.
A 9 heures 15, le Lieutenant Georges, successeur du Capitaine Faurie à la
tête de l'escadron, transmet les ordres du commandant F.F.I.:
- " Les Allemands arrivent en force, repli en direction de
Rebeyrolle où de nouveaux ordres seront donnés."
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Au
même moment "ils" arrivent en fait, par les airs. Un avion de
reconnaissance puis un groupe de chasseurs.
Nous sommes à pied, mitraillés dans l'axe de la route de l'exode (route
sud, vers Bourganeuf et Limoges), lourdement chargés (sacs et
cartouchières avaient été bourrés au maximum), dépassé par les cars
et camions des motorisés.
Sur ordre supérieur, le
Lieutenant Guillot nous fait sortir de la route par la gauche et
progresser à travers bois et champs. C'est le début d'une marche
épuisante qui se terminera (pour cette première journée d'exode), à
minuit, près du hameau de la Chapelle saint martial.
Nous ne sommes alors qu'à vingt-cinq kilomètres de route de notre point
de départ. Mais les contournements et les contremarches pour éviter le
piège mortel en train de se former, les tâtonnements habituels d'un
parcours dans la nature, ont certainement plus que doublé la distance.
Onze heures de marches
forcées, entrecoupées de deux repos d'un total de quatre heures ne me
laisse qu'un souvenir confus où l'épuisement du corps, l'ahurissement du
passage brutal de la "victoire" d'hier à la débandade
d'aujourd'hui, tiennent plus de place que les incidents de la guerre qui
ont pourtant jalonné notre parcours: explosion des cars de munitions du
1/5 attaqués en piqué vers la Chapelle-Tailllefer,
mitraillage sous bois par les unités allemandes déjà maîtresses de la
route, nous obligeant à renoncer à la traverser pour rejoindre Janaillat,
notre destination initiale,
fumées d'incendie (provenant probablement de nos camions mitraillés le
matin sur la route et achevés sur place par l'ennemi qui nettoie le
secteur).
Affamé (je me souviens
avoir seulement gobé quelques oeufs au passage, près d'une ferme
compatissante) et, anéantis de fatigue physique et morale, nous nous
couchons dans la nuit, à même le sol.
Nous aurons le lendemain,
à l'aube, la surprise de nous réveiller au milieu de touffes d'orties
dont nous n'avions pourtant ressenti aucune agression.
Le village de Janaillat
restait le but de notre longue marche.
Le Commandant Corbérand avait décidé d'y regrouper l'École.
Sans doute caressait-il l'idée de s'en servir de base pour des
opérations d'ensemble.
Notre Lieutenant était sceptique quant à une telle concentration en
raison des moyens dont disposaient évidemment encore l'occupant. Des
fusils et quelques fusils-mitrailleurs en face d'avions, de chars, de
canons, de mortiers et ces terribles minenwerfers, qui auraient pu nous
être fatals sans l'arrêt providentiel de l'attaque de la route de
Montluçon.
Nous n'avions encore rien vu !
Dany Gaillard, envoyé en
civil en reconnaissance, nous confirme que nous sommes bien attendus à
Janaillat, où le regroupement a eu lieu, et nous nous y dirigions le 12,
quand la nouvelle de l'attaque et de la dispersion du P.C. de l'École et
des unités présentes nous est donnée, et confirmée par un résistant
de Sardent.
Seule formation bloquée
à l'est de la route de Limoges par le rush allemand sur cet axe, le
peloton Guillot avait seul échappé à la nasse.
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